Les dérives d’une démocratie
Publié le: 26-07-2011  
La Belgique respire. L’accord de participation de Wouter Beke, le président du CD&V, aux négociations patronnées par le formateur, Elio Di Rupo, lui a donné un nouveau souffle, une première réussite qui succède à une série d’échecs. Après plus de 400 jours de tourments communautaires, le pays, ou ce qui en reste, rentre dans 3 semaines de stand-by, période très utile lui permettant de reprendre les forces nécessaires à un combat qui s’annonce difficile afin de mettre sur pied un gouvernement de plein exercice.

La situation de blocage a été qualifiée de « grave », par le roi Albert II, il y a une semaine. Ce dernier n’a épargné aucun effort afin de remettre le Royaume sur les rails. Depuis l’informateur aux lendemains des élections du 13 juin 2010 jusqu’au formateur, rétabli à son poste avoir jeté l’éponge, en passant par la série des missions en « teur », la boucle a été bouclée. Tous les partis politiques susceptibles d’apporter un peu d’oxygène capable de ranimer un pays asphyxié par ses querelles linguistiques, s’étaient vus accordés une mission royale en ce sens. Les partis vainqueurs du scrutin du 13 juin 2010, le PS et la N-VA en l’occurrence, avaient même eu le privilège d’en obtenir deux. Aucune de ces missions n’a été couronnée de succès.


Malgré sa familiarisation avec les crises gouvernementales, notre pays, n’a jamais collectionné autant de records. Sans se satisfaire de son propre record, il a foncé sur l’exploit européen et même mondial, sans être déçu. Ainsi, il s’est forgé une place très peu enviable dans le fameux Guinness. Pourrions-nous espérer la course avoir atteint le fond de l’abime, pour reprendre son ascension vers des stations plus honorables ? Bien que le plus hasardeux soit celui qui pourrait se prononcer sur cette question, soyons optimistes !

Tout le monde s’interroge comment un pays pionnier dans l’union, parmi les fondateurs de ce qui devient l’union européenne, bascule dans l’intolérance qui le mène tout droit à la désintégration. Tous les regards sont rivés sur un certain Bart De Wever dont la colère fait trembler tout le pays, et un « Non » de sa part bloque tout.

Avec cette crise, le monde découvre avec stupéfaction le fossé séparant les 2 grandes communautés linguistiques du pays et qu’on croyait aux lendemains des élections très étroit (« on était à deux doigts d’un accord », selon certains responsables politiques) ne fait, finalement, que s’élargir et devenir de plus en plus profond et donc infranchissable. La raison ? Bien sûr, c’est à cause de ce méchant Bart qui tient tout le pays ainsi que sa population en otage !

Bart De Wever, président de la N-VA.



Cette personnalité de premier plan, responsable de ce blocage, n’est elle pas, finalement, que le résultat des urnes et d’un système démocratique ? Son seul tort est d’avoir bénéficié de la fertilité d’un terrain préparé, depuis des décennies par une classe politique dont la compétence peut aujourd’hui être remise en cause par la découverte de l’accumulation des erreurs et des fautes ayant amené le pays à la désintégration que nous vivons. Pourrions-nous, dès lors, le qualifier de « méchant » sans porter atteinte au peuple qui l’a plébiscité ?

Allons-nous maudire la démocratie qui l’a ramené sur la place publique comme, d’ailleurs, elle avait ramené, surtout dans les pays voisins, d’autres avant lui, très peu désirés par la classe politique, dite traditionnelle ?

A voir les différentes prises de positions et les déclarations des « vétérans » de la politique, nous ne sommes pas loin de le faire. « pas de retour aux élections ! », « les élections ne résoudront rien du tout ; elle ne feront les choses que s’empirer ! » ; telles ont été les convictions de nos responsables, malgré le pourrissement de la situation.

Jetons, un instant, un regard sur les circonstances de l’apparition des partis séparatistes flamands, parmi lesquels la N-VA. Si Les erreurs politiques ayant conduit à l’impasse actuelle ont été beaucoup plus visibles ces dernières années, leur histoire remonte loin dans le temps, des décennies avant, et particulièrement à partir des années soixante qui ont vu le traçage de la frontière linguistique du pays (voir la figure ci-dessous), et donc le début du processus de division. N’y avait-il pas d’autre solution que ce début de ghettoïsation ?


La frontière linguistique de la Belgique,
tracée en 1962.


Les années septante ont été le théâtre de la scission de l’UCL. Les querelles entre partenaires n’avaient pas rencontré le traitement efficace qui devait aplanir les différends et la scission était apparue la solution la plus facile et le divorce a été consommé.

Les années quatre vingt ont vu l’émergence du « carrousel des Fourrons » avec José Happart et la série des nominations du bourgmestre par le Collège Communal et annulations par le Gouverneur flamand de la Province du Limbourg, pour connaissance insuffisante du néerlandais.

Les années nonante ont fait leur entrée dans l’histoire avec la concrétisation de la notion du fédéralisme et de régionalisation. La Belgique unie est désormais définitivement enterrée avec la réforme institutionnelle de 1993. Les questions identitaires commencent à s’imposer sur la scène politico-sociale.

Les années deux mille ont vu le pouvoir des régions se renforcer de plus en plus. Les problèmes liés à la régionalisation commencent à émerger, notamment la question de Bruxelles, région à part entière, bilingue, enclavée dans sa totalité en terre flamande, ainsi que celle des autres communes flamandes avec une population majoritairement francophone. Le problème de BHV, faisant allusion à la demande flamande de la scission de la circonscription électorale de Bruxelles-Halle-Vilvoorde a été le principal problème qui a empoisonné la vie politique, durant cette décennie. La complexité du problème conjuguée avec l’incompétence des partis en présence avait pourri la cohabitation entre francophones et néerlandophones.

Les revendications culturelles flamandes n’ont jamais rencontré de traitement sérieux de la part des francophones. Le problème a toujours été le manque d’intérêt accordé par ces derniers à la langue et à la culture de l’autre communauté, qui est de loin la composante la plus importante du pays. N’aurait-il pas fallu envisager la résolution de ce problème en faisant de la Belgique un pays bilingue, avec les 2 langues obligatoires à l’école, par exemple ?



L'arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvoorde,
le nœud du problème belge.

La mise au frigo du problème BHV, durant plusieurs mois après les législatives de 2007, par la série des procédures successives de conflits d’intérêts actionnées respectivement par les différents pouvoirs francophones et leurs alliés, a donné un sentiment de mépris à l’égard des flamands, ce qui a provoqué l’ascension fulgurante de la N-VA qui passe d’à peine 3% en 2007 à près de 30% des électeurs flamands, en 2010. Avec ses 27 députés, il devient le premier parti à la Chambre des Représentants.

L’émergence de ce parti a fait tomber le caractère tabou de certaines questions, notamment économiques et sociales. La solidarité entre les différentes communautés et les différentes régions perd son sens de plus en plus. Les revendications régionales grignotent chaque jour un peu plus ; La régionalisation du chômage, de la sécurité sociale, des impôts et pourquoi pas la justice, la défense ou les affaires étrangères. La plus grosse épine demeure Bruxelles. Lors du tracé de la frontière linguistique, n’aurait-il pas fallu mettre la capitale sur celle-ci plutôt que complètement à l’intérieur ?


Le bref historique ci-dessus montre que notre classe politique a mené le pays, peut-être sans le vouloir et dans ce cas c’est un manque de prévoyance et de compétence, vers l’éclatement progressif. Quant à la N-VA, elle n’est venue que pour terminer le processus de désintégration.

Face à ce tableau terne, serions-nous pour la division du pays ? Il est hors de question d’approuver cette option. Le Mouvement Pour l’Education s’oppose fermement à toute scission, et considère comme absurde tout appel en ce sens. Sans chercher à vanter les mérites de l’union lesquels, de nos jours, n’ont plus de secret pour personne, l’éclatement de la Belgique en deux entités indépendantes sera dommageable tant pour l’une que pour l’autre, à des degrés divers.

Cependant, la cadence avec laquelle progresse le séparatisme flamand laisse-t-elle encore la possibilité de choix d’une autre option ? Y a-t-il une véritable conscientisation de la population aux dangers de la scission du pays ? Rien n’est moins sûr. D’ailleurs, la grande majorité n’arrive même pas à comprendre les raisons du blocage. Tout est fait à huis clos et ni les partis politiques ni les media ne paraissent motivées pour expliquer à la population la nature du problème ou lui demander son avis sur la manière de traiter le différend entre les 2 communautés.
Auteur : M. Guermit
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